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La solitude des nombres premiers - Paolo Giordano
Ce premier
roman tout à fait réussi de Paolo Giordano, étudiant en physique théorique, a
connu un immense succès en Italie avant de nous arriver. Il raconte l'histoire
d'Alice, une jeune anorexique angoissée, et de Mattia, un génie des
mathématiques incapable de véritables rapports humains. Deux solitudes qui
parfois se rejoignent, mais souvent s'éloignent dans leur trajectoire
imprévisible qui les mène au mariage et à l'exil. Jamais véritablement
connectés au monde, leur malaise s'incarne dans leur corps qu'ils voudraient
voir disparaître : Alice en refusant de le nourrir, Mattia en le
scarifiant sans cesse.
Pour ce dernier, qui perçoit le monde comme un ensemble d'équations mathématiques et de principes physiques, Alice et lui sont semblables à deux nombres premiers qui se suivent, séparés seulement par un nombre pair, qui peut toutefois devenir un gouffre. C'est d'ailleurs cette idée qui donne son titre au roman, dans lequel la science n'est pas qu'un thème. Elle est véritablement une façon d'appréhender le monde, un prisme à travers lequel l'observer. Devant un lever de soleil, Mattia ne peut que songer aux « longueurs d'onde infinies [qui] se fondent pour former la lumière blanche. » La physique aussi peut être poétique.
Paolo Giordano, La solitude des nombres premiers, traduit de l'italien par Nathalie Bauer, Paris, Éditions du Seuil, 2009, 329 p.
